ISCREAM NEVER GROUND – RESURRECTION FEST 2026
Dans cette interview écrite, Bob, représentant d’ISCREAM NEVER GROUND, répond à nos questions sur le retour du groupe au Resurrection Fest, la préparation de ses concerts et les défis liés à son développement international en toute indépendance.
Pour commencer, pourrais-tu te présenter brièvement et nous expliquer ton rôle au sein d’ISCREAM NEVER GROUND ?
Je suis Bob, représentant d’ISCREAM NEVER GROUND. Sur scène, je joue de la basse et je m’occupe des séquences ainsi que de la création des visuels VJ. En dehors de cela, je prends principalement en charge l’écriture des paroles, la composition, la supervision du design du merchandising et l’autogestion du groupe.
L’année dernière, vous avez participé pour la première fois au Resurrection Fest en jouant sur la Chaos Stage. Cette année, vous êtes passés sur la Main Stage. Qu’avez-vous découvert sur vous-mêmes et sur le public européen lors de cette première expérience ? Comment avez-vous mis cette expérience à profit pour le concert de cette année ? Une fois sur scène, avez-vous ressenti une différence par rapport à l’année dernière ?
L’année dernière, tout nous était inconnu. Nous ne pouvions même pas imaginer le paysage qui nous attendait.
Puis l’introduction a retenti et, au moment où nous sommes montés sur scène, nous avons découvert une foule qui s’étendait à perte de vue. Je me souviens avoir été profondément ému en réalisant que nous étions parvenus jusque dans un endroit pareil.
Cette année, on nous a proposé de jouer sur la Main Stage, mais comme nous ouvrions la journée, les personnes qui souhaitaient nous voir devaient se lever tôt (rires). Nous avons donc changé d’état d’esprit. Plutôt que de nous considérer comme de simples invités conviés à participer au Resurrection Fest, nous avons abordé cette journée en nous disant que c’était à nous de lancer le festival et de commencer à en construire l’ambiance.
Le matin même, pendant notre vol de la France vers l’Espagne, une partie de nos bagages a également été perdue. Certains instruments, du matériel et nos tenues de scène sont restés à Paris. Je pense que cette journée nous a mis à l’épreuve à de nombreux égards.

L’un des éléments qui ont contribué à faire connaître ISCREAM NEVER GROUND à l’étranger a été la diffusion de vos vidéos courtes sur les réseaux sociaux. Quelles facettes du groupe peuvent être transmises en une vingtaine de secondes ? À l’inverse, qu’est-ce qui ne peut être compris qu’en assistant réellement à l’un de vos concerts ?
Je pense que nous avons quelque chose d’immédiatement accrocheur sur le plan visuel. Peu de groupes associent un son aussi agressif à des tenues aussi vivement colorées.
Dans nos vidéos, nous essayons également d’afficher les paroles autant que possible, tout en évitant que les images en arrière-plan ne bougent trop. Nous accordons beaucoup d’attention à la manière dont les informations sont organisées pour la personne qui regarde.
Nos paroles abordent souvent des sujets qui peuvent sembler, de manière assez intuitive, en décalage avec un son hardcore. C’est peut-être ce contraste qui suscite les commentaires et les réactions des personnes qui nous découvrent pour la première fois sur les réseaux sociaux.
Ce qui ne peut véritablement être transmis qu’en concert, c’est surtout l’impact du son du groupe. Nous y accordons une importance particulière.
Nous pensons qu’il est impossible de restituer pleinement cet impact dans une vidéo courte regardée sur un téléphone. C’est pourquoi nous remplaçons souvent le son capté en direct par la version originale du morceau, qui s’écoute plus facilement sur un smartphone. Du point de vue des algorithmes, il est également plus avantageux que la plateforme reconnaisse l’utilisation d’un même morceau lorsque l’objectif est d’accroître la diffusion de la vidéo.
Vos concerts paraissent très chaotiques et spontanés. Pourtant, réussir à faire bouger et participer simultanément un grand nombre de personnes doit nécessiter une préparation extrêmement précise. Au sein de ce chaos, quels éléments sont minutieusement définis à l’avance ? Et quelles parties changent réellement sur le moment en fonction des réactions du public ?
J’ai une mentalité assez proche de celle d’un sportif. Je préfère préparer et anticiper les choses avec beaucoup de soin, puis créer les conditions qui nous permettront de donner cent pour cent de ce que nous avons préparé. Nous faisons donc partie des groupes qui définissent énormément de choses à l’avance. Nous accordons également beaucoup d’attention à la manière dont les morceaux s’enchaînent.
À l’étranger, nous diffusons notamment des interventions et des annonces enregistrées dans la langue locale. Cela met réellement à l’épreuve notre capacité à imaginer à l’avance la manière dont se déroulera le concert du jour.
Il m’arrive souvent de travailler longuement sur ces messages la veille ou pendant les déplacements. Malgré cela, une fois arrivés sur place, nous décidons fréquemment de les remplacer au dernier moment afin qu’ils se rapprochent autant que possible d’une parole prononcée en temps réel.
Nous voulons intégrer au concert le plus grand nombre possible d’éléments propres à cette journée.

L’un de vos objectifs est de transformer toute la salle en un immense terrain de jeu collectif. À l’étranger, de nombreux spectateurs ne comprennent pas le japonais et ne connaissent ni les mouvements ni les règles associés à chaque morceau. Comment leur indiquez-vous ce qu’ils doivent faire sans dépendre des mots ? Réfléchissez-vous également aux mouvements du public dès la composition des chansons ?
Pour nos premiers morceaux, notamment jusqu’à notre premier album, Asobi Viva Revolution, nous imaginions souvent les mouvements du public en même temps que nous composions les chansons.
Le problème, c’est qu’à cette époque, nous avons pratiquement épuisé tous les mouvements que nous voulions essayer en concert (rires).
Pour nos morceaux plus récents, nous terminons donc généralement la chanson avant d’ajouter des mouvements que nous n’avions encore jamais utilisés, aux moments où ils nous semblent les plus efficaces dans le déroulement du concert.
Pour les faire comprendre au public, nous utilisons notamment nos vidéos sur les réseaux sociaux. Dans les salles qui le permettent, nous nous servons également des visuels VJ.
En réalité, la manière précise de les transmettre ne change pas tellement entre le Japon et l’étranger. Tout le monde s’adapte assez rapidement. Nous avons l’impression que, quel que soit le pays, les personnes qui aiment venir nous voir ont tendance à posséder une grande capacité d’adaptation (rires).
Lors de vos concerts, le public ne se contente pas de recevoir la musique : il participe également à la création du spectacle. Est-il déjà arrivé que les spectateurs réagissent à un morceau d’une manière que vous n’aviez pas imaginée et que cette réaction modifie ensuite votre façon de l’interpréter ou de le présenter sur scène ?
Cela s’est produit plusieurs fois. À Tokyo, par exemple, il existe un groupe de personnes qui essaie de populariser le Viking mosh pendant les breakdowns de certains morceaux.
Cependant, du point de vue de la conception globale du concert, l’équilibre est assez délicat. Certaines choses sont intéressantes précisément parce qu’elles apparaissent spontanément, tandis que d’autres fonctionnent parce qu’elles deviennent des rituels attendus ou des codes scéniques établis. Elles possèdent chacune un intérêt différent.
Nous avons tendance à privilégier les rituels et les codes que nous avions imaginés dès le départ.
Par exemple, pendant un refrain mélodique, nous pensons que les stage dives ou le crowd surfing correspondent beaucoup mieux que le fait de tourner dans un circle pit. Il existe certains principes fondamentaux sur lesquels nous ne voulons absolument pas céder.
Nous continuons néanmoins à chercher en permanence le meilleur équilibre entre ces différents éléments.
Si tu pouvais observer un seul moment du concert d’aujourd’hui depuis le point de vue du public, lequel choisirais-tu ? Que voudrais-tu regarder pour vérifier si vous aviez réellement réussi à impliquer toute la Main Stage ?
Je choisirais la partie de STAY GROUND, l’un des morceaux que nous avons joués vers la fin du concert, pendant laquelle nous crions les noms de différents pays et régions.
L’année dernière, alors que nous étions encore en train de composer cette chanson, notre participation au Resurrection Fest 2025 a été confirmée. Cela correspondait au thème que nous avions initialement imaginé pour le morceau. Nous avons donc intégré dans les paroles les noms des pays et des régions où nos concerts nous avaient permis de mettre les pieds, ne serait-ce qu’une seule fois.
On pourrait ainsi dire que la moitié de STAY GROUND est née grâce au Resurrection Fest de l’année dernière.
Cette année, nous avons pu jouer ce morceau sur la Main Stage. Crier une nouvelle fois le nom de « Viveiro », qui figure dans les paroles, alors que nous nous trouvions réellement sur place a incontestablement été l’un des moments forts de cette année.

Vous avez récemment sorti « 42283 ». Que représente ce morceau pour ISCREAM NEVER GROUND aujourd’hui ? Qu’apporte-t-il à vos concerts qui n’était pas présent dans vos chansons précédentes ?
Cette chanson parle du modèle 42283 de shorts Dickies que nous portons depuis près de neuf ans au cours de nos activités.
Elle est née après que des représentants de Dickies Japan nous ont proposé une collaboration officielle au début de cette année.
Il y a une dizaine d’années, une tendance locale s’est développée dans les festivals de rock japonais : se rendre aux festivals d’été en portant des Dickies de différentes couleurs. Je fais précisément partie de la génération qui a vécu cette tendance de plein fouet.
L’idée du morceau était de faire revivre cette manière de s’habiller et de se lâcher complètement pendant les concerts.
Pour être honnête, ce n’était pas une chanson particulièrement pensée pour cette tournée internationale ou européenne (rires).
Cependant, grâce notamment à la chorégraphie ajoutée par la suite, elle est devenue beaucoup plus efficace en concert que nous ne l’avions imaginé. Je pense qu’elle occupera désormais une place importante dans nos setlists.
Vos chansons évoluent rapidement et comportent de nombreux changements, tandis que vos trois chanteurs remplissent des fonctions différentes. Comment décidez-vous qui chante ou crie chaque partie, qui présente les morceaux et qui dirige le public ? Ces rôles étaient-ils clairement définis dès le départ ou se sont-ils progressivement construits au fil des concerts et des réactions du public ?
Nous décidons essentiellement de tout pendant l’enregistrement de chaque chanson.
À nos débuts, nous composions souvent les différentes parties en ayant déjà précisément décidé qui allait les interpréter. Plus récemment, nous demandons d’abord aux trois chanteurs d’enregistrer toutes les sections sur lesquelles leur voix pourrait potentiellement fonctionner.
Nous réécoutons ensuite les différentes versions et sélectionnons les plus adaptées tout en retravaillant l’arrangement, en tenant compte notamment du timbre et de l’énergie de chaque interprétation.
Concernant le déroulement du concert, nous définissons à l’avance les principaux passages de MC, y compris ceux qui prennent la forme d’annonces enregistrées. Les deux chanteurs masculins se coordonnent également pour des éléments comme l’annonce des titres des morceaux.
Vous poursuivez vos activités de manière indépendante et vous avez également eu recours au financement participatif afin de produire des clips en Europe. Comment décidez-vous de vous lancer ou non dans un défi d’une telle ampleur, en tenant compte notamment de son coût ? Dans ces œuvres rendues possibles grâce au soutien de vos fans, que souhaitiez-vous filmer en Europe qui n’aurait pas pu être exprimé en tournant uniquement au Japon ?
Le financement participatif destiné à la production des clips est celui que nous avons organisé l’année dernière.
Notre déplacement au Resurrection Fest avait été décidé assez soudainement. Nous avons lancé ce projet afin de faire tout ce qui était en notre pouvoir pour que cette occasion puisse déboucher sur de nouvelles activités et ne se limite pas à un seul concert.
Les clips réalisés dans ce cadre sont ceux de STAY GROUND et de 2STEP 3FUN 4LLOWING (Broken English ver.).
Certains membres ont obtenu leur premier passeport et sont partis à l’étranger pour la première fois. Je pense que nous avons réussi à montrer une histoire qui nous était propre : celle d’un groupe qui quittait enfin le Japon. Nous avons également le sentiment que cette expérience nous a permis d’arriver jusqu’à la tournée de cette année.
Concernant le nouveau projet de financement participatif lancé cette année, cette tournée européenne représente une durée et une envergure que nous n’avions encore jamais connues, même au Japon.
Notre objectif était de pouvoir la mener à son terme en toute sécurité, tout en garantissant la qualité de la production, puis de nous en servir pour viser une nouvelle augmentation d’échelle à l’avenir.
Pour nous, la question n’est pas véritablement de savoir si nous allons ou non relever le défi. Lorsqu’une occasion se présente, nous décidons immédiatement de la saisir. Nous cherchons ensuite comment la concrétiser, et le financement participatif est l’un des moyens que nous avons choisis.
Il s’agissait déjà de notre quatrième campagne, alors nous avons peut-être commencé à nous y habituer un peu. Nous les utilisons également comme une occasion de faire appel au soutien de nos fans et d’organiser des événements communautaires qui ne pourraient avoir lieu qu’à ce moment précis.
Au cours de cette tournée, vous vous produirez dans des festivals de metal, lors d’événements consacrés à la culture japonaise et dans des salles de concert. Modifiez-vous la manière de présenter le groupe ou de construire le concert selon que le public vient pour les musiques extrêmes, s’intéresse à la culture japonaise ou est présent spécifiquement pour voir ISCREAM NEVER GROUND ?
Nous adaptons la setlist dans une certaine mesure, mais notre style de base reste le même.
Nous voulons offrir partout la même expérience : celle de bouger autant que possible au cœur du son du groupe.
Nous ne pouvons pas réduire les parties criées ni adoucir la distorsion pour nous adapter à un événement particulier (rires).
Les événements liés à la culture japonaise sont également souvent assez orientés vers des univers comme l’anime, les jeux vidéo et d’autres centres d’intérêt plutôt geek. Je considère moi-même que mes racines sont assez proches de cet univers.
Nous essayons donc de faire comprendre à ces personnes que nous nous tenons sur le même Ground qu’elles.
Après avoir terminé treize concerts dans sept pays, que faudrait-il pour que vous ayez le sentiment de ne pas avoir simplement enchaîné de bons concerts, mais d’avoir véritablement construit une base solide de fans en Europe ? Existe-t-il également des pays ou des villes où vous n’avez encore jamais joué et que vous aimeriez visiter à l’avenir ?
Cela peut paraître très concret, mais je pense que cela dépendra de l’évolution de l’ampleur des propositions de concerts que nous recevrons à l’avenir.
Nous sommes un groupe particulièrement spécialisé dans les festivals en plein air. Il sera donc important de voir si le nombre de propositions provenant de ce type d’événements augmente.
Cela ne signifie pas que nous n’aimons pas jouer dans des salles de concert (rires). Les salles offrant de bonnes conditions sonores et une température agréable sont également excellentes.
Au cours de cette tournée, nous n’avons pas pu nous rendre dans les régions situées plus au nord, notamment au Royaume-Uni. Nous aimerions donc visiter ces pays.
Aux États-Unis, nous n’avons jusqu’à présent joué qu’au Texas. Nous aimerions également nous produire dans de nombreuses autres régions du pays.
Et puis il y a le Chili. Pour une raison que nous ignorons, lorsque nos vidéos courtes ont commencé à gagner en popularité, c’est l’un des endroits où notre nombre d’auditeurs a augmenté le plus rapidement.
C’est donc un pays qui nous intéresse particulièrement en Amérique du Sud.
Un jour ! (rires)

